De ce jardin si beau autrefois n'émane plus qu'une odeur de mort.
Sans doute parce que c'était ici que nous aurions préféré mourir.
Sans doute parce que c'était ici que nous aurions préféré mourir.
Nous marchions là, il y a un an, l'un contre l'autre, mais sans jamais aucune démonstration d'affection. Nous en avions décidé ainsi sans même nous en parler. Cela sonnait comme une évidence ; et nous n'avions jamais été à l'heure des déclarations. Il savait si bien que ce n'était pas la peine de me faire confiance, et que, de toute manière, je n'attendais rien de sa part.
Le lierre qui, peu à peu, s'emparait de la façade rose pâle, me rappelait son trop grand égoïsme, et ses envies de possession qui quelques fois m'effrayaient tant. Assis sous les fenêtres aux volets tristement ouverts, j'ignorais s'il m'attendait réellement, ou s'il était en train de se laisser vivre, détaché, comme à son habitude. Ce sont mes pas sur les feuilles mortes aux tons orange, qui l'avaient arraché à son indifférence et ses rêveries dont j'ignorais tout. Il m'observait de ces yeux qui auraient jeté un frisson le long de l'échine des plus forts. Il paraissait si malveillant. Il y avait en lui quelque chose de paradoxal avec ce doux sourire, et ses gestes toujours aussi adroits. J'étais dans l'incapacité de comprendre, et cela me rongeait intérieurement.
Dans le renfoncement fleuri du jardin, une fontaine datant de son enfance trônait là, gracieuse, presque vivante. Elle avait une histoire, je le sentais. Je savais pourtant qu'il ne me la conterait jamais. Il en avait finit avec le passé. Mais le passé n'en n'avait pas fini avec lui.
Nous gravissions les quelques marches qui menaient à son antre. Il m'emboîta le pas et mit un grand coup d'épaule dans la porte. Je rentrais timidement, et m'installais sur une vieille chaise en bois, face à lui qui fumait déjà une cigarette. Il avait l'habitude de longtemps garder la fumée dans sa bouche. Une manière que je trouvais sensuelle.
Dans l'obscurité de ce salon, ses yeux brillaient. Cet homme avait en lui quelque chose d'excitant qui me faisait pourtant peur. Jamais encore je n'avais été autant fascinée par quelqu'un. Jamais encore je n'avais autant fait semblant d'être insensible à un charme. Cela faisait pourtant longtemps que ces escapades existaient. Longtemps que nous nous fréquentions. J'avais préféré ne rien voir d'attirant en lui, simplement pour ne pas avoir à en payer les frais. Cet après-midi là, il aura suffit d'un instant de faiblesse, d'une fatigue inavouable, pour réaliser qu'il était indéniablement beau.
« Tu te fais du mal pour peu de choses, dit-il à voix basse, comme s'il avait lu dans mes pensées »
Il me fallut un certain temps avant de comprendre qu'il ne pensait pas à la même chose que moi. Il s'agissait là de la douleur que je ressentais, de ne recevoir aucun message de quelqu'un que j'estimais tant. Je me doutais bien qu'il ne songeait pas à moi. Et malheureusement, cela m'atteignait. J'aurais préféré qu'il n'en fût rien. Je ne pouvais lui faire aucune réflexion ; il aurait, comme d'habitude, fuit l'affrontement. Mais s'il avait voulu jouer à ce jeu là, il n'était pas prêt de gagner. S'il m'oubliait en présence de ses amis, j'allais lui faire sentir que je passais du bon temps ailleurs, moi aussi. A vrai dire, il n'avait pas besoin de le savoir. Voir qu'il me croyait naïve, dévouée et ignorante était encore plus drôle.
« Tu n'as plus confiance, murmura t-il.
- Non.
- Alors pourquoi insistes-tu ?
- Je n'ai jamais insisté. »
Je fermais les yeux un instant. J'étais las de ces fausses amitiés auxquelles j'avais bel et bien cru un jour. Ces reproches peu fondés, et ce sentiment d'être éternellement jetée. Las de ces amours qui étaient toujours beaux au début, et un matin s'en allaient comme ils étaient venus.
N'entendre que des paroles, chercher en chaque geste une signification quand il n'y en a pas, croire parfois que les choses ont changé, alors qu'il n'en n'est rien. Ecouter des remontrances sur l'hypocrisie, venant de personnes elles-mêmes hypocrites. Je n'avais jamais voulu me mettre dans cet embarras. Et pourtant, j'y été. Les deux pieds dans la merde, comme on dit.
Je savais bien que les choses n'étaient pas prêtes de s'améliorer, et je n'avais pas le c½ur à le faire, puisque ces personnes ne l'avait pas non plus. J'avais eu durant quelques temps, l'espoir qu'ils aient évolué avec moi, mais finalement, nos évolutions étaient si dissemblables. Je n'avais à présent, même plus la force de me souvenir de ces bons moments, de ces rires, de ces fois où j'y croyais vraiment.
Et cet homme en face de moi, je pense bien qu'il savait tout, malgré que je ne lui en aie jamais vraiment parlé. Il savait assurément pourquoi j'allais mal, mais ignorait qu'on ne pouvait rien y faire.
« Tu devrais les quitter, et partir avec moi »
Je riais, sûrement pour cacher ces tristesses, les dédramatiser. Je riais aussi parce qu'il lançait toujours, ça et là, à travers une phrase, des projets impossibles, des idées irréalisables. Cela ne me faisait pas rêver. Et je me demande encore quel effet voulait-il produire, à chaque fois qu'il disait quelque chose d'inexécutable.
Peut-être que j'en attendais trop, au fond de moi, malgré ce que je pensais. Peut-être que je remarquais mes efforts et ceux des autres, mais que cela n'était jamais suffisant pour me satisfaire. Je perdais confiance en eux, aussi vite qu'en moi, mais c'était sans doute mieux que de voir le bien partout et se surestimer.
Ce jour-là, pour la première fois de ma vie, j'aurais aimé que cet homme pour qui je m'étais déplacée, dans le seul but de nous nourrir du silence, et de l'analyser, trouve les mots. J'aurais voulu connaître en lui un réconfort, le voir jouer le rôle de quelqu'un qui m'aurait véritablement aimé. Mais entre nous, il n'y avait jamais eu de marque d'affection. C'était plus simple, que de devoir s'enliser dans la comédie et les trahisons.
« Il croyait que c'était à la solitude qu'il tentait d'échapper, et non à lui-même. » William Faulkner
Pix : L'infidélité : Parce qu'elle peut très vite se muer en une agréable surprise..
P.S : Ne prenez pas la mouche comme si vous étiez mes centres d'intérêts dans la vie... Les principaux protagonistes dont je parle à demis-mots, ne font de toute façon plus partie de mon quotidien. (Bien que les choses n'aient pas grandement évolué). C'était pour les susceptibles. (Je le suis tellement)
P.S : Ne prenez pas la mouche comme si vous étiez mes centres d'intérêts dans la vie... Les principaux protagonistes dont je parle à demis-mots, ne font de toute façon plus partie de mon quotidien. (Bien que les choses n'aient pas grandement évolué). C'était pour les susceptibles. (Je le suis tellement)