Il se préoccupait peu de ma présence, de mon bien-être, et qu'importe, je ne me
souciais pas non plus du sien, je détestais son bonheur, je renonçais d'y croire avant
même de commencer. J'ai détruit autant que lui ce que j'aurais voulu construire. Je
n'ai jamais cru en lui, en moi, en ce "nous" que je refusais de prononcer, et
qu'aujourd'hui encore je me résigne à énoncer clairement. Rien n'est jamais acquis.
Il ne me l'a appris que trop bien, sans réellement vouloir me l'enseigner. Il m'a guidé
sans même être guide de sa propre vie. De là j'ai puisé une lucidité qui vous
dépasse, orgueilleusement mais assurément.
Ce n'est pas un problème en soit, ce qu'on a mal pour ceux qu'on aime, ce qu'on
espère en vain; peut être est-ce cela le véritable amour : Aimer sans rien attendre de
l'autre. Pas même qu'il se souvienne d'une présence, d'une parole, d'un geste ou
d'une attitude. Qu'importe. Les gens sont de passage, ils sont incapables d'apprécier
ou d'aimer durant des années. Ils ont besoin de nouveaux passe-temps, de gens
beaux pour se créer une image, une réputation dissimulée par l'hypocrisie d'autres
humains qui ne les ont jamais considérés que comme de pauvres choses inutiles.
Peut être est-ce pour cela que je n'ai pas toujours eu l'impression d'être des leurs.
Je ne puis apprécier personne très longtemps, il est vrai, mais Dieu que j'aime,
malgré moi. J'aime mal, comme on m'a appris à le faire, parfois même très mal. Et
vous savez tous, que c'est la première, et la dernière fois. Que la prochaine étape
sera la débauche. Comme à chaque fois qu'il ne restait rien des sentiments qu'on a,
un jour, pu m'apporter, les reprenant un matin, égoïstement.
Il oubliera l'intensité de mon regard, le temps formatera sa mémoire. On ne pourra
rien y faire, on se contentera de se dire que ceci aussi était écrit. Et de ne trouver
aucun remède à nos maux. Les paupières closes, je paraîtrais indifférente à mon
tour. La peau aura repris des couleurs, les fesses seront rouges de bonheur.
Autour, ils se détruiront sans peine, mais ne se donneront plus en spectacle. Ils
resteront fiers d'imaginer un instant la façon dont ils périront lamentablement.
Existences dont on ne parlera plus un jour. J'oublierai leurs critiques, bonnes mais
surtout mauvaises, leurs visages, leurs noms ne m'évoqueront plus rien. L'odeur
âcre des corps sans vie, qui se niche dans les narines pour ne plus jamais en sortir.
Je m'attaquerai de nouveau à des corps innocents, et sans doute monterais-je un
bordel chez les autres. Jouez donc les vierges effarouchées le lendemain ; vous qui n'êtes bons
qu'à vous inventez des vies distrayantes, en bons comédiens, dîtes au monde entier combien
mon comportement eut été irrespectueux, et surtout, n'oubliez pas de me faire des déclarations d'amour. Vous manipulez ce sentiment sans n'y connaître rien. Ceci est remarquable.
Bernadette Soubirous, mes amusements t'importunent-ils toujours ? Je pense pourtant que tu
n'en sais plus rien. Que cela te réjouisse. Vois comme j'ai su poursuivre ma chasse au trésor
sans toi, moi qui commençais à me croire désarmée sans ta présence à mes côtés. Remettons
donc cela sur le compte de la bêtise amicale. J'étais sotte. Je ne suis plus.
On riait bien, avant de tomber les masques.
On riait bien, avant de tomber les masques.
