Lorsqu'à l'aube je me lèverai, j'ouvrirai la fenêtre et j'humerai la première bouffée d'air, celle qui me fera à la fois mal, et qui pourtant me maintiendra en vie. Je me demanderai ce qui me retient, et en guise de réponse, je reconnaîtrai son odeur, quelque part dans l'air, sans savoir si ces doux effluves seront le fruit de ma fantaisie.
Les yeux fermés, je prendrai le temps d'y penser intensément, comme si cela faisait longtemps que je n'y songeais plus. Rien n'aura changé. Tout sera bien à sa place et nous attendra. Le bar, les longues rues pavées... L'inertie des choses me terrassera. Et pourtant, la terre tournera encore. La rue, la mer, la plage, le port. Le décor sera debout. Intact, vivant, indifférent.
Je me rappellerai des premières paroles, des premiers sourires, des premiers messages. Tant de futilités sans doute, que je n'ai point oublié. Je réécrirai l'histoire dans ses moindres faits, des faits dont il ne se souvient plus sinon à moitié; et qui pour lui n'étaient que détails. Ils n'ont pas le temps de penser, ils préfèrent fermer leurs yeux sur certaines réalités. Ils cèdent à la facilité, toujours, évitant explications et discours. Tellement plus évident de causer quelconque souffrance, et de passer l'éponge.
Ce n'est que demain que je me souviendrai de cette intensité, de ces tambours qui frappaient dans mon coeur, chaque fois que je l'attendais, chaque fois que je recevais un message. Je remémorerai cette attente excitante, ce que chacun de ses gestes déclenchait en moi, mes craintes liées à mes plaisirs. Ce que j'ai pu aimé l'interdiction.
Quitter un instant ce chemin, qui de cimes en abîmes ne mène nulle part, qu'à la folie. A l'aube, je comprendrai que je ne désire que cette passion. Et pour seul espoir, que celle-ci n'ait pas la maladresse de s'estomper.
Ce n'est que demain que je comprendrai, combien j'ai pu l'aimer, en trois années.